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Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /2008 14:11

La plus grande mutation qui a eu lieu à Makhana depuis notre séjour de 2001-2002 est bien l’arrivée sur le secteur géographique de « GDS » comme le nomment communément les habitants de Makhana. Les incidences de l’arrivée de l’électricité sont vraiment mineures en comparaison des transformations à la fois psychologiques et matérielles qu’ont entraîné avec elles ces serres géantes qu’ont voit bien sur la route de Rosso, à une quinzaine de kilomètres au nord de Saint Louis…

 

Les Grands Domaines du Sénégal, nom de l’entreprise sénégalaise qui emploie aujourd’hui plus de 2000 personnes, sont une filiale du groupe français « Compagnie Fruitière », spécialisée jusqu’à ce jour dans la banane et l’ananas. Leur besoin est aujourd’hui la diversification par notamment par la production pendant l’intersaison.

 

L’essentiel des serres en fonction, qui représentent au total une superficie de centaines de hectares est consacré à la tomate cerise, destinée aux marchés européens, notamment allemand, anglais et hollandais.

L’ensemble des tâches, depuis la plantation et le soin aux cultures, la récolte manuelle par les cueilleuses et le conditionnement en conteners réfrigérés, barquettes avec code barre, cageots carton, palettes, sont effectués sur place.

 

Les 3 sites concernés, Ndiawdoune, Makhana et Mbarigo sont actuellement en situation de plein emploi ; les hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles qui peuvent se libérer et disposent d’une condition physique suffisante désertent le village journellement pour se rendre à leur travail. La nature des postes couvre toute la chaîne de production, les responsabilités s’échelonnent depuis la responsabilité de serre qu’assure notre ami Moussa Diallo de Makhana, appellé aussi Abblaye qui fut notre guide pour la visite, la responsabilité d’équipe, la cueillette…une partie importante des postes sont à durée indéterminée et saisonniers d’autres sont journaliers et rémunérés à la tâche, comme la cueillette. Pour ses personnels, GDS cotise pour la retraite, la maladie…et attribue les congés payés à ceux qui bénéficient d’un contrat de travail…

 

Tout un monde jusqu’alors inconnu des makhanais…depuis la fermeture des usines à vapeur en 1963, aucun emploi n’avait été proposé localement, les quelques emplois salariés des villageois étaient dans la fonction publique (à Dakar ou Saint Louis), les autres personnes étant à leur propre compte, comme le transport en commun, le maçon, le peintre…et travaillaient à façon. Le reste de la population masculine s’occupait à jardiner, pêcher pour contribuer à faire bouillir le tiboudien quotidien, les femmes exerçaient chacune leur spécialité allant de la couture, en passant par le tressage des cheveux, le charbon de bois, le tchuraï (parfum à brûler)… pour se procurer les quelques pièces hebdomadaires dont elles avaient besoin.

Autant dire que de nombreuses heures de la journée restaient disponibles pour boire le thé !

C’est aussi cette disponibilité totale qui a permis à notre projet d’accueil de se structurer et se réaliser en 2002.

Le rythme de vie est bouleversé, là où l’heure ne jouait qu’un rôle tout à fait approximatif, les équipes qui se rendent aujourd’hui au travail, sont soumises maintenant à des horaires précis, il faut tenir compte de la durée exacte du trajet, de la préparation…on entre dans le domaine de la mesure du temps.

 

Une famille nombreuse peut aujourd’hui compter plusieurs salariés, 4 jeunes et un des parents par exemple, ce qui représente un revenu non négligeable.

Tous peuvent se payer l’électricité et des appareils dont ils peuvent tirer profit pour faire du commerce (congélateur et vente de sachets de glace par exemple).

Les enfants sont bien habillés, les repas se diversifient et sont plus richement fournis.

Cette transformation fondamentale qui permet d’envisager des projets à moyen terme alors que l’essentiel de la population de Makhana veillait à assurer jusque là la survie au quotidien, doit ressembler à celle qui a été apportée au début du XX° siècle dans le Haut-Rhin avec l’ouverture des Mines de Potasse, chaque famille paysanne envoyait ses jeunes travailler à la mine pour rapporter un salaire en valeurs sonnantes et trébuchantes, alors que jusque là le travail était gratifié par un grenier chargé des récoltes pour passer l’hiver.

 

Il y a aussi la fierté d’assurer l’autonomie alimentaire de sa famille, de gagner son pain par son travail… un nouvel équilibre psychologique et matériel qui repose sur de nouvelles conceptions, qui sont ou ont été les nôtres depuis un peu moins d’une centaine d’année et qui déjà sont menacées par de nouvelles précarités…

 

Un équilibre fragile, de la fragilité même de l’entreprise qui emploie…elle-même dépendante d’une économie à l’échelle de la planète.

Par V. Wurth - Publié dans : Bazar
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